Écrire un roman Vie d'auteure

Livre jeunesse : comment une histoire écrite en sixième est devenue un livre pour enfants ?

Livre jeunesse : comment une histoire écrite en sixième est devenue un livre pour enfants ?

À quoi tient la naissance d’une histoire ? La volonté, oui. Mais aussi au hasard.

Il y a des textes que l’on écrit trop tôt pour comprendre qu’ils posent des bases. Ils naissent d’un élan, d’une contrainte, d’un simple exercice… On finit par les oublier et puis un jour, exhumés d’un cartons de souvenirs, ces textes se remettent à parler. Ils dessinent une perspective nouvelle, celle d’une seconde vie et d’une vocation que l’on aurait jamais supposée.

Voici comment une histoire écrite en sixième m’a menée à publier, des années plus tard, un livre jeunesse.

Une rédaction de sixième, sans ambition particulière

À bien y réfléchir, je crois qu’il s’agit là de ma première production littéraire. J’avais douze ans, je lisais déjà beaucoup – du livre jeunesse, mais pas que – et l’entrée en sixième j’étais folle de joie à l’idée de « faire du français », comme s’il s’agissait d’un monde merveilleux.

Je ce que je n’avais pas soupçonnée, c’est que l’Histoire et le Latin influenceraient également mes sources d’inspiration. Un monde nouveau de mythes et de légendes s’était ouvert à moi. C’était formidable !

Je ne me souviens plus tout à fait du contexte, si ce n’était que notre professeur avait dû nous demander de rédiger un conte en nous appuyant sur le schéma narratif que l’on avait vu en cours.

Un sujet imposé. Une feuille blanche. Rien de plus qu’une rédaction parmi tant d’autres.

Je me suis beaucoup amusée à l’idée de raconter comment les étoiles sont arrivées dans le ciel. Et in fine, j’étais plutôt fière de moi lorsque j’ai reçu ma note. Un 18/20 assorti d’un Excellent. Très original.

Dès lors, j’ai A-DO-RÉ l’expression écrite ! J’écrivais avec sérieux, application et je prenais beaucoup de plaisir à imaginer des mondes et des situations, sans savoir que, déjà, quelque chose se disait là : une attention aux émotions, une manière de raconter le monde à hauteur d’enfant. Sans la moindre idée qu’un jour, ces textes scolaires pourraient parler à d’autres lecteurs…

Redécouvrir un texte ancien

Je n’ai jamais oublié cette histoire. Cela me faisait même sourire d’y repenser en me demandant où j’avais été chercher cela.

Mais la vie a suivi son cours. Et comme beaucoup, j’ai laissé mes premiers textes dormir dans des cartons. Ils appartenaient à une autre version de moi, mais d’un certaine manière, j’étais contente de les savoir là. Ma mère, en bonne gardienne des reliques, n’a évidemment jamais rien jeté.

Et puis un jour, quelques temps après avoir publié Nos Certitudes, j’ai eu envie de les relire. Je ne m’attendais à rien, à part peut-être un signe que l’enfant que j’étais avait peut-être déjà trouvé la vocation que m’échinais à repousser sous des montagnes de responsabilités.

Je n’ai pas osé me l’avouer, mais il y avait sans doute un peu de cela. Alors j’ai embarqué toutes mes rédactions de collèges et de lycée, en me disant qu’un jour, elles auraient peut-être des choses à me dire.

Devenir mère et relire le monde à hauteur d’enfant

C’est en devenant maman que ce texte est revenu à moi. Pas brusquement mais par petites touches.

Chaque livre jeunesse était une nouvelle invitation et à force de lire des histoires chaque soir à ma fille, j’ai réappris à écouter cette langue-là : simple en apparence, exigeante en profondeur. J’ai retrouvé la musicalité des phrases courtes, la précision des émotions, l’importance du non-dit. Les enfants n’ont pas besoin qu’on leur explique tout, ils ressentent avant de comprendre.

En la regardant écouter les histoires, cela ma fait tilt. J’ai compris que la rédaction que j’avais écrite en sixième portait déjà cette justesse naïve.

Livre jeunesse : quand une histoire d’enfance réclame une seconde vie

J’ai relu ces quelques mots avec des yeux d’adulte et ce que j’y ai vu m’a surprise. Une manière de dire le monde sans le surcharger, de nommer les choses avec sincérité, sans chercher à impressionner.

Ce n’était plus un simple exercice scolaire, c’était une matière brute, fragile, mais étonnamment vivante. Une histoire qui ne demandait pas à être corrigée, mais accompagnée, affinée, et respectée.

C’est là que l’idée s’est imposée, doucement, sans fracas : et si cette histoire était destinée à devenir un livre jeunesse ?

De l’exercice scolaire vers le livre pour enfant

Aujourd’hui, j’ai décidé de ne plus laisser cette histoire attendre, mais de lui donner vie. Je souhaite lui offrir ce qu’elle demandait depuis le début : une forme, une voix, un souffle nouveau.

Le texte existe. Il a traversé les années, les cartons, les métamorphoses. Il porte encore cette justesse naïve qui m’a tant touchée en le relisant. Désormais, il ne lui manque plus qu’un regard pour l’accompagner : celui d’un illustrateur ou d’une illustratrice sensible à l’univers de la littérature jeunesse, capable de dialoguer avec les mots, de les prolonger sans les trahir.

Si cette histoire vous parle, si vous aimez donner vie aux récits pour enfants, alors peut-être que nos chemins sont faits pour se croiser.

Écrire un livre jeunesse n’est pas un hasard. C’est souvent le prolongement d’une sensibilité ancienne, d’une attention particulière au monde et aux émotions. La littérature jeunesse demande une grande sincérité : écrire pour les enfants, c’est accepter de dire les choses simplement, sans jamais les appauvrir.

Désormais, je suis convaincue que le temps est le meilleur allié de l’auteur. Les histoires ne disparaissent pas, elles attendent. La maternité ne m’a pas donné l’envie d’écrire un livre jeunesse. Elle m’a rappelé que je l’avais déjà fait, sans le savoir et qu’il suffisait d’écouter son coeur pour raconter le monde à hauteur d’enfant.

[instagram-feed]